dimanche 10 mai 2015

Du fil en poils de chien

Aujourd’hui, c’est porte ouverte au magasin « iDées àcoudre ». J’y ai rencontré Dorothée PIAT qui faisait une démonstration de filage de poils de chiens.
Dorothée au rouet
Filer des poils d’animaux n’a rien de nouveau. Nous connaissons déjà le mouton (laine), le lama (alpaga, vigogne), la chèvre (mohair, cachemire), le lapin (angora) et le chameau. Alors des poils de chiens (ou de chat angora), ça a quelque chose d’un peu original ! Petite interview.


Le sarplaninac
Dorothée est éleveuse de chiens (et de chèvres, mais pas mohair !) à Velaines, en Belgique. La ferme « Du gardien de Velana » se situe au nord de Tournai. Le sarplaninac, ou berger yougoslave, est un chien dont la fourrure s’épaissit en hiver. Il la perd au printemps. Face à la profusion de poils lorsqu’elle les brosse, Dorothée a l’idée de les faire filer. Après quelques recherches infructueuses sur internet, elle découvre un cours de filage à Namur, il y a 5 ans. Son nouveau loisir commence grâce à sa professeure, ainsi qu’une belle amitié.

Eric : « Comment trouve-t-on un rouet au XXIème siècle ? »
Dorothée : « Les outils de filage manuels sont encore fabriqués en Nouvelle-Zélande et aux Etats-Unis. Il faut donc les importer. Mais on trouve quelques revendeurs en Europe. J’ai acheté mon matériel à ma formatrice, qui est aussi revendeuse. »

La matière brute : le sous-poil
Eric : « Quels types de poils utilisez-vous ? »
Dorothée : « Principalement le sous-poil, parce qu’il accroche mieux que le poil. Il est aussi plus doux, moins cassant. C’est pourquoi cela concerne plutôt les chiens à poils longs et à grosse fourrure en hiver. Je ne saurai dire combien de kilos je récolte par chien par an, mais ma réserve est déjà bien remplie. Pour l’anecdote, des éleveurs me donnent aussi des sacs de poils d’autres animaux que j’engrange en espérant les travailler un jour !»

Eric : « Quelles sont les propriétés du poil de chien ? »
Dorothée : « Ce sont les mêmes que celles de la laine, avec un peu moins de suint. Le fil est plus doux et les tricots sont plus chauds. Ce fil peu être mélangé à d'autres matières et teint. J’ai choisi de garder l’aspect naturel, 100% poil de chien, couleur d’origine. On l’entretient comme une laine délicate, en le lavant à 30° maximum et sans essorage, le lavage à la main étant préférable. Le toucher s’adoucit pendant le travail du filage et du tricot, et il est de plus en plus doux à force d’être porté. »
D'autres laines filées par Dorothée
Eric : « Est-ce que ça sent le chien ? »
Dorothée : « On me pose souvent la question. Non bien sûr ! Personnellement je préfère laver la laine après l’avoir filée, mais on peut la laver avant. C’est tout un art car la laine ne supporte pas les chocs thermiques ; ça casse la fibre. Alors je remplis tous mes seaux de lavage et de rinçage en même temps, pour qu’à chaque opération, j’ai toujours la même température. C’est un travail long et fastidieux. »
Le coup de main est long à prendre,
mais avec de la ténacité, on arrive à faire un fil régulier
Eric : « Combien de temps passez-vous pour faire une pelote ? »
Dorothée : « C’est très long. Après avoir récolté la laine, je file deux bobines de fil. Je fais ça devant la télévision et je ne vois pas le temps passer. D’ailleurs je ne compte pas mon temps, je ne fais ça que par plaisir. Si je devais chiffrer, j’obtiendrais un prix exorbitant, digne de l’artisanat de luxe.
Machine à tordre les fils
Quand mes deux bobines sont prêtes, je les lave et je change de machine pour tordre ces deux fils ensemble. Ensuite, je constitue l’écheveau ou la pelote. Ce fil est prêt à être tricoté. »

Eric : « Est-ce que ça abîme les mains ? »
Dorothée : « Non, ça les salit seulement. »
Un écheveau en poil de chow-chow et une pelote en poil de sarplaninac
Eric : « Ce type de laine attire-t-il des nuisibles ? »
Dorothée : « Oui, mais pas les puces ! Les mites sont le plus gros souci. C’est désolant quand on voit s’échapper un nuage d’un sac de laine filée ! Je suis toujours à la recherche de protections efficaces, d'une alternative à la naphtaline, pour mes stocks.»

Bonnet tricoté par Dorothée
Eric : « Est-ce que vous vendez ce que vous fabriquez ? »
Dorothée : « Non, je le fais pour le loisir. Cela me permet de faire plaisir autour de moi et d’utiliser ce sous-produit de mon élevage, de joindre l’utile à l’agréable. Si je devais y mettre un prix il serait inaccessible. Son vrai prix est celui de l’amour. C’est aussi le cas pour quelques personnes qui me demandent de filer le poil de leur animal de compagnie. Elles en gardent ainsi un souvenir unique près de leur peau. »


Merci Marie-Do d’avoir invité Dorothée  à iDées à coudre  qui a favorisé cette merveilleuse rencontre. Merci Dorothée pour toutes vos explications, votre gentillesse et votre disponibilité. Vous pouvez retrouver Dorothée sur le site de l’élevage « Sarplaninac, Du gardien de Velana » ou sur Facebook  à « Du gardien de Velana Sarplaninac ».